Les premières manifestations de La corne du Zèbre


Pour leur première manifestation, en juin 2008,  l’association la Corne du zèbre a choisi d’intervenir dans le cadre de la Promenade dans l’art d’Aujourd’hui, qui a lieu chaque année à Auvers-sur-Oise. Principe des ateliers portes ouvertes, les spectateurs découvrent au gré de leur balade, le travail des artistes auversois (ou artistes invités).

 

Premier lieu d’essai, pour une première exposition commune, présentant les travaux personnels des trois artistes, respectant leurs différences et mettant en avant les points de convergence de leurs travaux, avec un souci de cohérence dans l’accrochage.

Très vite, le public s’est montré un peu surpris par le contenu des oeuvres exposées, contenu en rupture, en décalage, avec les pratiques plus connues du public d’Auvers-sur-Oise. L’accompagnent du  public s’est donc imposé comme un évidence, dans ce contexte. Une évidence, mais aussi une chance, de pouvoir mettre en place un dialogue autour de questions sur l’art contemporain.  


Ainsi tout naturellement l’année suivante, en juin 2009, les plasticiennes de l’association ont eu l’idée d’aller un peu plus loin dans cette démarche d’introduction, de questionnement du public sur l’art contemporain.

Il a d’abord été imaginé un dispositif de visite guidée d’ateliers, à contre courant d’une visite traditionnelle plus convenue. C'est-à-dire en introduisant de la surprise, du décalage, et naturellement du questionnement de la part du public.

Cette première proposition a finalement été abandonnée par crainte d’être perçue pas l’ensemble des artistes d’Auvers comme une démarche critique ou provocatrice à l’égard de leur travail.

 

Il a donc été retenu une proposition plus discrète, permettant d’ailleurs aux artistes d’y participer s’ils le souhaitaient, en temps que partenaires.

 

En effet, à défaut d’interroger directement les pratiques artistiques, les plasticiennes de l’association ont eu l’idée d’interroger les artistes eux-mêmes sur leur statut, leur quotidien, leurs contraintes, leurs positions par rapport au champ artistique actuel et enfin, leurs pratiques.

Le projet s’est intitulé : Un artiste c’est qui ?

 

Dans ce cadre, l’association  a réalisé un questionnaire destiné aux artistes qui souhaitaient y répondre.

 

Une vingtaine d’artistes a joué le jeu et c’est à partir de ces réponses que les plasticiennes ont  réalisé une synthèse des grandes tendances recueillies. 

 

Elles ont réaménagé l’atelier de Françoise Véron Godstein en un lieu de réflexion autour  de cette question Un artiste c’est qui ?

Atelier plutôt vide, dépouillé d’œuvres, lieu de recherche, de lecture et d’élaboration de projets qui ne peuvent pas tous être montrés dans l’espace d’un atelier.

Atelier comme lieu d’échanges, de rencontres, d’influences, au sens noble du terme, idée qui était représentée par une petite installation sur un mur de l’atelier : photos d’artistes épinglées, images personnelles, citations, matière un peu brute comme une récolte. L’outil est absent, mais la matière première est présente, à travers ces images.  

Les questionnaires remplis tapissaient un des murs de l’atelier un peu comme un papier peint, en face duquel en échos, sur l’autre mur, se trouvaient affichés les chiffres, les pourcentages issus des réponses recueillies, mais aussi des citations d’artistes, des idées fortes.

Elles étaient également écrites à la craie sur les trottoirs de la ville, rythmant ainsi la déambulation des visiteurs de la Promenade dans l’Art d’Aujourd’hui.

 

L’atelier, comme lieu d’expression ouvert au public, mettait aussi à leur disposition deux grands tableaux noirs et des cartes postales vierges sur lesquels le public pouvait directement répondre à la question un artiste c’est qui ?

 

Quelques propositions plastiques venaient aussi prolonger la réflexion : pour la question du statut, on trouvait alors bien rangées sur une étagères les différentes casquettes de l’artiste, fragiles petites casquettes de tarlatane blanche, sur lesquelles étaient brodés les mots artistes, salarié, Rmiste, demandeur d’emploi, échos de cette réalité souvent présente et très significative dans les réponses aux questionnaires : les artistes ne vivent pas de leur travail.

Réalité aussi reprise dans le travail vidéo présenté : Mon travail d’artiste c’est mon gagne miettes de pain, où l’on voit une bande de pigeons dévorer le mot SALAIRE écrit en miettes de pain.

Pour la question des pratiques, des genres et catégories : où trouve-t-on de l’art et dans quoi ? était proposé, en guise de réponse, un petit inhalateur Prenez un grand bol d’art, permettant de respirer des évocations d’œuvres aux titres imagés, sous forme d’odeurs mises en flacons.

Pour de la question qui fait parfois polémique : naît-on artiste ou le devient-on ?, on trouvait  un brin d’ADN d’artiste, un peu mutant, en forme d’échelle, servant aussi de perchoir aux étranges créatures de l’atelier (ou de l’imaginaire de l’artiste), insecte tropical ou grosse cigale…

Enfin, en échos à la problématique de l’atelier comme lieu réservé au travail, lieu de plus en plus rare, précaire, souvent inclus dans l’habitat, on trouvait  des Ateliers de poche à fabriquer soit même, dans une feuille A4, par simple découpage et pliage. Le public avait aussi la possibilité d’acquérir cet atelier de poche pour la somme de 2 €.

Seuls ces ateliers de poches étaient mis en vente, échos à la question mercantile des œuvres d’art.

 

Cette manifestation a été accueillie avec surprise et vécue comme un décalage important au sein de la Promenade dans l’art d’Aujourd’hui.

Toutefois, le but était aussi de surprendre et de générer un questionnement et des échanges avec le public,  qui ont bien eu lieu.

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